La langue des probables.
Abstract
Est-ce que la modélisation opérée par les grands modèles de langage est parvenue à capturer la subtile palette des nuances du raisonnement juridique ? Pour instruire ce sujet, doit d’abord être établi un cadre d’analyse réunissant les fondements techniques de ces modèles (plongements sémantiques, transformeurs, mécanismes d’attention), leurs enjeux linguistiques et philosophiques (hérités du distributionnalisme et du structuralisme) et leurs limites épistémologiques (opacité, « hallucinations » et absence d’une bonne représentation du monde). Appliqué au droit, ce cadre d’analyse révèle un potentiel réel (comme la recherche de corrélations dans de vastes volumes de textes ou encore la synthèse de contenu), mais limité s’agissant de la reproduction d’un raisonnement juridique rigoureux, notamment du fait du manque de capacités d’abstraction, de compréhension et de conscience normative. Le langage produit par ces modèles serait plutôt à concevoir comme une « langue des probables », un proto-langage vectorisé, calculable et probabiliste, très utile dans certaines hypothèses mais distinct des savoirs spécialisés.
Fields of Study & Subjects
Artificial Intelligence in Law
Legal Language and Interpretation
Topic Modeling
Publication details
- Journal / source
- Archives de philosophie du droit
- Volume
- Tome 66
- Issue
- 1
- Pages
- 29–50
- Publication date
- 22 January 2026
- Language
- FR