« Faites ceci en mémoire de moi » : calices et testaments du diocèse de Besançon xiiie-xve siècles
Abstract
Cet article est dédié à Monseigneur Lacrampe, archevêque de Besançon, qui a participé avec bienveillance et humour à tous les travaux du colloque de Faverney.Nous avons choisi de faire débuter notre étude au XIII e siècle ; c'est alors en effet que la donation aux églises laisse progressivement la place à la pratique testamentaire.Le plus ancien legs de calices aux églises du comté de Bourgogne est à ma connaissance celui d'Isabelle de Courtenay, épouse de Jean de Chalon, comte de Bourgogne et sire de Salins, qui teste en août 1257 ; la comtesse lègue une somme d'argent destinée à treize calices.Le contexte est selon l'expression d'André Vauchez celui « du déferlement de la piété eucharistique ».Cela se traduit en particulier par une vénération visuelle accrue envers le Saint-Sacrement.Au cours de la messe, après la consécration, se pratique l'élévation qui permet aux fidèles, lesquels ne communient souvent qu'une fois l'an à Pâques, de pouvoir contempler le Corps et le Sang du Christ.En 1264, par la bulle Transiturus le pape Urbain IV rend universelle et obligatoire, le jeudi suivant la Trinité, la Fête-Dieu.En 1311-1317, le concile de Vienne remet la décision du pape Urbain IV en vigueur ; des processions accompagnent désormais la fête.Le transport du viatique se fait alors de manière solennelle.Un récit rapporte que Rodolphe de Habsbourg croisa en 1264 un prêtre qui transportait le Saint-Sacrement.Comme celui-ci avait à franchir une rivière, il lui prêta son cheval avant de s'incliner.Il interdit par la suite à quiconque de monter ce cheval qui avait porté le Maître du ciel et de la terre.Une telle vénération produit aussi des images ; par exemple à Vevy dans le Jura, un ex-voto offert par la famille d'Ugna à la chapelle de saint Jean-Baptiste, fondée au XIV e siècle, est constitué d'un monument en albâtre figurant la Foi, sous les traits d'une femme tenant un calice et une hostie, au pied d'une tour au sommet de laquelle se tient une autre jeune femme, c'est-à-dire l'âme.À Twann dans le diocèse de Lausanne, une porte de tabernacle datée de 1453 représente le Christ tenant l'hostie et le calice, entouré de deux anges portant des cierges ardents.Jusqu'à la fin du XV e siècle, existent dix autres testaments féminins comportant des dons de calices.Ils sont surtout le fait de dames appartenant à la grande noblesse, telle la comtesse palatine de Bourgogne, Alix de Méranie, qui teste en 1277.C'est aussi le cas pour Héloïse de Joinville, vicomtesse de Vesoul, fille de Béatrix de Bourgogne et sœur du chroniqueur Jean de Joinville, en 1312 ; pour Jeanne de Montfaucon, dame de La Marche, fille de Jean de Montbéliard, seigneur de Montfaucon, et épouse de Louis de Neuchâtel (Suisse), en 1333 ;
Fields of Study & Subjects
Medieval and Early Modern Justice
Medieval European Literature and History
Medieval European History and Architecture
Publication details
- Journal / source
- Presses universitaires de Franche-Comté eBooks
- Pages
- 95–125
- Publication date
- 1 January 2026
- Language
- FR
- Document type
- Book chapter