Je est une chose : la sociologie du Pays vert dans l’œuvre de Bergounioux
Abstract
Par ses nombreux récits qui entrecroisent les genres de la fiction et de l’essai, Pierre Bergounioux analyse l’existence bimillénaire des habitants du Massif central. Inaugurées par la rencontre entre la Gaule chevelue et les légions de César, relancées par Quatre-vingt-treize et la mise en vente en petits lots des biens du clergé, la communauté corrézienne et son économie retardataire n’ont pas survécu à la mécanisation des cultures et à l’essor industriel. Puisque même la reforestation du Plateau n’a pu arrêter la baisse constante des revenus fonciers, le gros de la jeunesse se transporta en ville au milieu des années soixante. Faute de travail comme de main-d’œuvre, la présence humaine sur ces terres acides, aussi pleines d’histoire que pauvres en ressources, se réduit désormais à quelques célibataires à la retraite et aux immigrés en petit nombre qui les ont remplacés dans les tâches manuelles. (De la) crise, (le) dépeuplement, (puis la) friche et (enfin la) mort : les-voici, à Millevaches, les fruits de la modernité. Entre-temps la forêt, jadis replantée par les élèves de Marius Vazeilles, ne cesse d’avancer et élargit ses conquêtes. Sourdement elle s’approprie de l’espace abandonné par l’espèce bipède, en rentrant dans ses droits sur les pentes et les vallons. S’agit-il de la fin du monde, ou simplement du terme de l’entracte humain, nul ne conteste qu’une transition définitive soit en train de s’accomplir : de la sociologie à la biologie, l’avenir approche du matin des origines.
Fields of Study & Subjects
French Literature and Critical Theory
French Literature and Criticism
Ecocriticism and Environmental Literature
Publication details
- Journal / source
- Revue des Sciences Humaines
- Volume
- 360
- Pages
- 241–252
- Publication date
- 1 January 2026
- Language
- FR