Le retour des pensées indianocéanes et des rêveries lémures : D’autres paradigmes pour une « utopie émancipatrice » de l’océan Indien ?
Abstract
Pour redonner du sens à leur histoire, les îles du sud-ouest de l’océan Indien se veulent reliées selon un principe fédérateur, corallien (Aubry), qui mettrait en exergue des inspirations communes (Rabearivelo). C’était déjà ce que proposait le mythe de la Lémurie, repris par de nombreux artistes de l’océan Indien, proposé en son temps par les « fous » scientifiques ou artistes Jules Hermann et Malcom de Chazal. En un sens, ce qui est perçu comme un fondement unifié des îles, c’est bien un monde utopique, perdu, dont les traces qui en subsistent sont des îles condamnées aux temps noirs de l’Histoire. Les « utopies réelles » (Wright), telles que Libertalia, se sont elles aussi soldées par un échec, comme si les îles résistaient à une utopie qui les a pourtant fondées dans l’imaginaire occidental — et dont Paul et Virginie est certainement le parangon — mais qui, toutefois, pourrait toujours rester à faire de manière relationnelle, comme Le Clézio s’en fait l’écho (Bing). Les littératures des îles elles-mêmes ont opté pour une réécriture de l’espace qui leur offre, à travers sa dimension magmatique et océanique, la possibilité d’une utopie « éc(h)opolitique et « éc(h)opoétique » (Magdelaine) sauvant de la perte les voix et les récits pluriels qui les ont construites comme chez les poètes réunionnais Gamaleya ou Girodou. C’est à l’un de ces dispositifs de la pensée de l’espace et des sociétés que nous nous intéresserons ici en observant la constitution de ce qui pourrait être un écotone à part entière : le concept d’« indianocéanisme ». Après les tâtonnements des Mauriciens Camille de Rauville ou Jean-Georges Prosper qui ont donné naissance à cette notion, nous verrons comment la période contemporaine, à la lumière de Glissant, veut proposer la mise en place d’une pensée archipélique dont témoignent aussi les arts visuels (Compan). Pourtant, à ce qui semble une utopie archipélique se confronte la violence d’une réalité politique, migratoire sans appel (Ntsindami). Nous nous pencherons alors, dans un dernier temps, sur la façon dont le Malgache Raharimanana, dans Tisser, renonce à penser l’indianocéanisme pour se diriger vers une proposition plus proche de celle de Sarr dans Afrotopia, refondant des routes largement coupées entre Madagascar et l’Afrique et proposant de la sorte une véritable « transformation interstitielle » (Wright) émancipatrice des littératures de l’océan Indien.
Fields of Study & Subjects
French Urban and Social Studies
Climate Change
Adaptation
Migration
Migration and Exile Studies
Publication details
- Journal / source
- Presses universitaires de la Méditerranée eBooks
- Pages
- 251–276
- Publication date
- 1 January 2026
- Language
- EN
- Document type
- Book chapter