Le silence comme stratégie : logiques culturelles, poids des stéréotypes et non-dénonciation des viols féminins dans la commune d’Abomey-Calavi
Abstract
Cette recherche explore les causes profondes du silence qui entoure les cas de viol des filles et des femmes dans la commune d’Abomey-Calavi. Les chiffres étayant l’ampleur du phénomène bien qu’absent dans les statistiques officielles peuvent être remplacés par les discours populaires ce qui tend à montrer qu’il s’agit d’un phénomène social assez connu. Par ailleurs, la présence d’un arsenal juridique et pénal sévère semble ne pas être un facteur dissuasif. À travers une approche socio-anthropologique, cette recherche met en évidence la manière dont les logiques culturelles, les représentations genrées et la pression sociale constituent les facteurs explicatifs du silence chez les femmes victimes du viol dans la commune d’Abomey-Calavi. L’approche méthodologique adoptée est celle qualitative et les principales cibles interviewées dans cette recherche sont prioritairement les filles/femmes victimes de viol ou tentatives de viol, les autorités de judiciaires (Police républicaine et tribunal), les Acteurs de la société civile et des personnes ressources (garantes des traditions). Les outils tels que la fiche de lecture, les guides d’entretiens et le questionnaire sont mobilisés dans la collecte de données. Les données collectées sont passées au prisme de la théorie de la représentation sociale. Les résultats obtenus révèlent que le silence des filles et femmes violées se manifeste toujours pas une absence de parole, mais cette stratégie dénote d’une stratégie de survie, façonnée par les stéréotypes sexistes, la peur de la stigmatisation et un manque de confiance envers les institutions. Il y a une inversion des rôles : la victime devient souvent la coupable et les actes du bourreau sont perçus comme une inconséquence d’une chimérique impulsion voire d’une attraction sexuelle incontrôlée This article explores the root causes of the silence surrounding cases of rape of girls and women in the commune of Abomey-Calavi. The figures supporting the scale of the phenomenon, although absent from official statistics, can be replaced by popular discourse, which tends to show that it is a fairly well-known social phenomenon. Moreover, the presence of a severe legal and penal arsenal does not seem to be a deterrent. Through a socio-anthropological approach, this study highlights how cultural logic, gendered representations, and social pressure constitute the explanatory factors of silence among women victims of rape in the commune of Abomey-Calavi. A dual methodological approach is adopted (qualitative and quantitative). Tools such as the reading sheet, interview guides, and the questionnaire were used in data collection. The data were examined through the prism of social representation. The results reveal that the silence of raped girls and women still manifests itself as a lack of voice, but this strategy denotes a survival strategy shaped by sexist stereotypes, fear of stigmatization, and distrust of institutions. There is a role reversal: the victim often becomes the culprit, and the perpetrator’s actions are perceived as an inconsistency of a fanciful impulse or even an uncontrolled sexual attraction.
Fields of Study & Subjects
Sexual Assault and Victimization Studies
Intimate Partner and Family Violence
Gender
Violence
Rights in Latin America
Publication details
- Journal / source
- Journal de la Recherche Scientifique de l’Université de Lomé
- Volume
- 27
- Issue
- 4
- Pages
- 1–12
- Publication date
- 27 January 2026