Le sublime du silence : des premiers dialogues aux Confessions d’Augustin
Abstract
À partir des Dialogues philosophiques et des Confessions, cette réflexion examine la manière dont Augustin élabore une pensée du silence qui ne s’oppose pas simplement à la parole, mais en constitue la condition, l’horizon et parfois l’accomplissement. Inscrite dans une dialectique héritée de la philosophie antique (Platon, Plotin) et réélaborée par une herméneutique chrétienne, la réflexion montre que le silence n’est intelligible que pour un « être de parole » : il relève d’un acte (se taire) qui suspend le bruit extérieur comme le « murmure intérieur » afin de rendre possible l’écoute. Chez Augustin, cette écoute prend la forme d’un verbum cordis/uerbum mentis, parole silencieuse du cœur où se nouent intériorité, mémoire et discernement spirituel. Le silence apparaît ainsi comme une discipline de coïncidence avec soi : il ordonne l’âme, lutte contre la dissipation, et permet une conversion du regard vers l’intus, lieu où se donne à entendre l’admonitio divine. L’article met ensuite en évidence la dimension « sublime » de cette expérience : le sublimis/intimus désigne moins un lieu qu’une présence, celle de Dieu « plus intime que l’intime », accessible par une mystique du recueillement (lecture silencieuse, prière, contemplation) culminant dans l’extase où « toute langue » se tait. Enfin, l’étude ouvre une perspective épistémologique en articulant esthétique du silence, apophatisme et herméneutique : l’ineffable requiert un régime de signifiance non discursif, où le silence devient le médium privilégié de la connaissance spirituelle et de la rencontre du Verbe intérieur.
Fields of Study & Subjects
Augustinian Studies and Theology
Classical Philosophy and Thought
Medieval Philosophy and Theology
Publication details
- Journal / source
- Mouvances Francophones
- Volume
- 11
- Issue
- 2
- Publication date
- 9 January 2026