Parler pour ne rien dire, l’expression silencieuse du réel dans L’Innommable de Samuel Beckett et la philosophie de Kitaro Nishida

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Authors: Camille Hervé
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Abstract

S’appuyant sur un corpus comparatif constitué de L’Innommable de Samuel Beckett et des écrits tardifs de Nishida Kitarō (école de Kyoto), cet article examine le statut du silence comme principe immanent de l’expression du réel. Il montre que l’impossibilité de « tout dire » ne relève ni d’un échec du langage ni d’un idéal de purification logique du discours, mais constitue au contraire la condition dynamique de l’énonciation. L’analyse s’inscrit d’abord dans une réflexion critique sur les « pièges du langage », en mettant en tension, d’une part, l’héritage aristotélicien et les ambitions du positivisme logique d’un langage univoque, et, d’autre part, la tradition bouddhique mahāyāna, qui déconstruit la substantialisation des noms et affirme l’irréductibilité du réel aux catégories conceptuelles. À partir de ce cadre, l’article montre que Beckett et Nishida refusent le dualisme parole/silence : chez Beckett, la prolifération de la voix autour de l’indicible fait de l’aporie le moteur même du dire ; chez Nishida, l’« identité de la contradiction absolue » (basho) fonde une conception de l’auto-expression du soi irréductible à toute objectivation substantielle. Il se dégage ainsi un régime de « parole-silence » dans lequel le langage, traversé par une négativité constitutive, témoigne de ce qui lui échappe sans jamais se clore en définition. L’étude met enfin en évidence une conception non nihiliste du néant, pensé comme transcendance immanente, où l’impossible exhaustivité du discours devient le lieu même de sa créativité.

Fields of Study & Subjects

Samuel Beckett and Modernism Philosophy Ethics and Existentialism Comparative Literary Analysis and Criticism

Publication details

Journal / source
Mouvances Francophones
Volume
11
Issue
2
Publication date
9 January 2026