Le silence, le regard, et la résistance dans Naissance des pieuvres (2007), et Portrait de la jeune fille en feu (2019) de Céline Sciamma
Abstract
Cet essai analyse le silence comme stratégie esthétique et politique dans Naissance des pieuvres (2007) et Portrait de la jeune fille en feu (2019) de Céline Sciamma. À rebours du cinéma narratif classique fondé sur la parole explicative, Sciamma privilégie un langage filmique minimaliste où le silence, le regard et le geste deviennent des vecteurs centraux de signification. L’étude montre que le silence fonctionne comme un opérateur narratif actif permettant l’émergence du désir lesbien en dehors des cadres hétéronormatifs. En mobilisant les théories féministes et queer du regard, de l’affect et de la bande sonore, l’article met en lumière une économie visuelle et sensorielle fondée sur la durée, la réciprocité et l’attention incarnée. Le silence reconfigure la temporalité du récit, transforme l’acte de regarder et ouvre un espace d’expression pour des subjectivités queer résistantes à la lisibilité normative. En refusant la confession, la résolution et la verbalisation du désir, Sciamma invente un cinéma de la retenue et de l’écoute où l’intimité se vit dans le non-dit. Le silence apparaît ainsi comme un outil de résistance narrative, contestant les régimes patriarcaux de la parole et du regard, et affirmant une poétique cinématographique du désir queer fondée sur l’expérience sensible et relationnelle.
Fields of Study & Subjects
Cinema History and Criticism
Gender and Feminist Studies
Ethics
Aesthetics
and Art
Publication details
- Journal / source
- Mouvances Francophones
- Volume
- 11
- Issue
- 2
- Publication date
- 1 February 2026