CHRONIQUES JUDICIAIRES D'AUVERGNE : LE TUMULTE DE BUS(Z)ATIER (1720)
Abstract
Résumé de l’affaire Busatier (1720) – En mai 1720, un violent conflit de succession éclate autour du château de Buzatier, situé dans la paroisse de Montaigut (Auvergne). Les sieurs Bessejon (Antoine de la Garenne, Charles Amable de la Chassaigne et surtout François des Rigauds, tous gentilshommes et officiers royaux : dragon et gendarmes de la garde du roi) revendiquent la succession du domaine, alors occupé pour leur compte par Bernard Dumazet d’Échassière.Le 29 mai 1720, Archimbaud l’aîné (habitant de Saint-Gervais), se présentant comme l’héritier légitime, lance un véritable coup de force. Accompagné de son frère (prétendu capitaine des gabelles), de son beau-frère Duclos (garde des gabelles), du nommé Pajot et de plusieurs autres gardes armés de fusils, pistolets et sabres, il investit le château vers 9-11 h du matin.Les intrus déclarent être « maîtres céans », menacent de mort les Bessejon (« bougres de gueux… nous les tuerons »), tirent de nombreux coups de feu dans le château et sous les arbres, brisent un coffre, jettent au sol habits, vaisselle, literie et hardes, enfoncent la porte de la cave et menacent de gâcher le vin. Les valets de Dumazet sont fouillés, insultés, mis en joue et expulsés manu militari. On fait sortir de force : l’enfant de Dumazet (2 ans), sa nourrice, sa nièce, les deux valets, la servante. Le château est ensuite fermé à clef, les clefs emportées par les assaillants.Le lendemain, jour de la Fête-Dieu (30 mai), la tension dégénère à Montaigut. Devant le logis du Dauphin, Duclos, ivre et pistolet bandé, menace publiquement François Bessejon des Rigauds de mort (« sort bougre que je te tue »), tandis qu’Archimbaud provoque et insulte (« tu trembles… je te ferai mieux trembler »). Les femmes présentes (dont Gilberte de Lafond et Anne de Lafond) s’interposent pour éviter le pire.Le 5 juin, les Bessejon portent plainte. Une enquête est ouverte le 7 juin 1720 devant le subdélégué Gommet, à Montaigut. De nombreuses dépositions (valets, métayers, artisans, femmes de la ville) convergent : violences armées, pillage, menaces de mort répétées, insulte publique à un gentilhomme du roi et mépris affiché des « voies de la justice ».Ce tumulte illustre les tensions classiques de l’Ancien Régime rural : affrontement d’honneur entre noblesse d’épée et agents subalternes de la fiscalité royale, violence symbolique (destruction des biens = négation de la légitimité), et recours final à la justice pour tenter de rétablir l’ordre et l’honneur bafoué.
Fields of Study & Subjects
Medieval and Early Modern Justice
French Historical and Cultural Studies
Historical Legal Studies and Society
Publication details
- Journal / source
- Zenodo (CERN European Organization for Nuclear Research)
- Publication date
- 11 January 2026