L’engagement des jeunes (12-25 ans) dans le végétarisme, le véganisme et l’antispécisme au Québec
Abstract
Cette thèse explore les parcours de 52 jeunes âgé·e·s de 12 à 25 ans, engagé·e·s dans le végétarisme, le véganisme ou l’antispécisme au Québec. À partir d’entrevues semi-dirigées, j’analyse la façon dont ils et elles découvrent l’éthique animale, l’antispécisme et les contenus liés au mode de vie végane, et la manière dont la cause animale s’impose à eux, souvent à travers des images suscitant des chocs moraux et intellectuels. Le cadre théorique articule la notion de socialisation — ce que la vie sociale fait aux individus, depuis la naissance jusqu’à l’âge adulte — et celle de l’engagement, envisagé comme un continuum allant de formes individualisées au militantisme collectif. Je mobilise la littérature sur les mouvements sociaux, et en particulier celle sur les émotions et les mouvements lifestyle, mais aussi la littérature sur la socialisation familiale et sur la socialisation politique, pour tisser des liens entre socialisation primaire et secondaire. La recherche s’interroge sur les affects impliqués dans l’engagement, ainsi que sur le rôle de la famille, des amitiés et des médias sociaux. En somme, il s’agit de comprendre comment s’entrelacent les dimensions sociales, émotionnelles et cognitives de l’engagement pour la cause animale. La thèse identifie plusieurs profils types d’engagement : des jeunes issu∙e∙s de familles véganes et militantes ; des jeunes qui deviennent véganes ou antispécistes en découvrant les théories de la philosophie utilitariste ; des profils marqués par les images d’exploitation animale et les chocs moraux, des profils multipositionnés qui s’engagent dans l’environnement, l’anarchisme, l’anticapitalisme ou le féminisme, et finalement des profils à dominante individuelle, dont l’engagement se construit progressivement, par le biais de l’alimentation, sans manifester de dimension politique ou collective. L’apport de la thèse est double. Sur le plan empirique, elle met en lumière la grande diversité des engagements dans le véganisme, l’antispécisme et, plus largement, dans la cause animale, devenue une lutte sociale de premier plan pour une partie de la génération Z, en particulier les jeunes femmes. Sur le plan théorique, la thèse contribue à la littérature sur l’engagement des jeunes. J’y montre en effet que dès l’adolescence, par le biais de leurs choix alimentaires, les jeunes manifestent leur agentivité politique. Ils et elles « font société » à différents niveaux et à différents degrés de collectif, qui contribuent à la fabrique du tissu politique contemporain (Luhtakallio et Eranti 2024). Cette agentivité se manifeste toutefois dans une relative solitude qui interroge la construction de solidarités politiques capables de soutenir leur engagement, mais surtout de créer une société plus juste pour les animaux.
Fields of Study & Subjects
Animal Law and Welfare
Agriculture Sustainability and Environmental Impact
Consumer behavior in food and health
Publication details
- Publication date
- 1 January 2026
- Language
- FR
- Document type
- Thesis