L’insuffisance cardiaque à l'ère du numérique : de grandes avancées, mais encore des défis
Abstract
Contexte : L'insuffisance cardiaque est un problème national au Canada, se classant au troisième rang des causes d’hospitalisation. Ce fardeau dépasse les capacités des programmes de gestion multidisciplinaires qui sont la base du suivi de l’insuffisance cardiaque. Les disparités régionales majeures dans le suivi de l’insuffisance cardiaque au Canada pourraient être soutenues par des solutions de santé numérique pouvant améliorer les suivis requis. Diverses technologies ont été créées pour permettre la surveillance à distance des patients. De plus, d’autres outils comme les thérapies numériques et les outils d'aide à la décision clinique pourraient améliorer l'optimisation médicamenteuse et renforcer les autosoins des patients. Cependant, très peu combinent ces modalités et aucune de ces dernières n’a été évaluée en insuffisance cardiaque au Québec. Objectif : L’objectif de cette thèse est de cocréer, tester et évaluer une plateforme de santé numérique nommée Continuum. Elle combine 1) le télésuivi, soit la collecte et l’analyse des données de patients souffrant d’insuffisance cardiaque chronique en ambulatoire telles que des signes vitaux et des symptômes (adaptation de l'application Takecare), 2) les outils d’autosoins sous forme de thérapies numériques pour enseigner et engager les patients dans leurs soins, et 3) les suggestions médicamenteuses comme outils d’aide à la décision pour résumer les données des patients et suggérer au besoin des changements médicamenteux aux cliniciens de ces patients. Méthodologie : Ce projet a été réalisé en deux phases. La première phase a été la coconstruction de la plateforme logicielle en partenariat avec l’industrie privée ainsi que l’analyse de sa faisabilité en milieu clinique. La deuxième phase a testé une nouvelle version de la plateforme logicielle afin de comparer des patients capables d’utiliser ces technologies, spécifiquement sur leur consommation des soins respective. Résultats : Pour la phase pilote, un total de 52 patients ont été recrutés en comparant les patients capables (RPM+) et incapables d’utiliser la technologie ou ne possédant pas d’appareil intelligent (RPM−) (32 RPM+ et 20 RPM−). Cette étude de 12 semaines a démontré la faisabilité de l’intervention auprès des patients suivis en clinique externe d’insuffisance cardiaque chronique, où la majorité des patients ayant un téléphone intelligent était capable d’utiliser la plateforme, et où environ la moitié l’utilisait 80 % du temps. Par ailleurs, la charge de travail des cliniciens était faible, équivalente à un appel par patient durant la période de suivi. Des bénéfices cliniques potentiels ont aussi été explorés. Seuls 6 % (2/32) des patients dans le groupe RPM+ ont nécessité une hospitalisation toute cause versus 35 % (7/20) des patients du groupe RPM−. Spécifiquement pour une hospitalisation en insuffisance cardiaque, c’était 6 % (2/32, RPM+) vs 25 % (5/20, RPM−). Les patients avec l’intervention (RPM+) avaient aussi plus de chances d’avoir leur thérapie médicamenteuse optimisée s’ils avaient le module de suggestions médicamenteuses (40 % de changements vs 0 %). Finalement, une amélioration de la qualité de vie (questionnaire de cardiomyopathie de la ville de Kansas (KCCQ-12)) a aussi été observée chez les patients les plus compliants à l’intervention (variation moyenne de +10,6 [déviation standard de 14,7]). Dans le cadre de l’étude randomisée contrôlée de 12 semaines de la phase 2, différents hôpitaux québécois, dont le centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), ont référé au centre de recherche du CHUM 106 patients atteints d’insuffisance cardiaque qui ont été analysés en intention de traiter (INT n=52 vs CTRL n=54; 68 ans ±12, dyspnée NYHA 2 83 %, fraction d’éjection 42 %±14). Il n’existait pas de différence significative sur la consommation de soins liée aux patients ayant eu un évènement d'origine cardiaque (coût moyen par patient 1 192 dollars vs 3 298 dollars, p=,122; 5 patients vs 11, p=,175; séjour hospitalier 69 vs 127 jours, p=,125). L’analyse par protocole a toutefois démontré une réduction significative : 1 302 vs 3 635 dollars, p=,035; 3 patients vs 11, p=,041, 66 vs 127 jours, p=,036. Par ailleurs, le temps sur la plateforme par les infirmières était d’environ une heure par patient durant la durée de l’étude. Contribution scientifique et pratique : Cette thèse fournit des données probantes sur la faisabilité et l’apport potentiel d’une plateforme numérique permettant de réaliser un télésuivi et des suggestions médicamenteuses en insuffisance cardiaque. Elle vise à soutenir la capacité d’élaborer des recommandations de bonnes pratiques dans ce domaine, de renforcer les autosoins des patients et de mettre en place des interventions adaptées au système de santé et de services sociaux canadien et, plus spécifiquement, québécois. Elle illustre aussi les apports cliniques et économiques potentiels du télésuivi. Cette thèse est parmi les seules à étudier une solution numérique intégrant plusieurs modules, dont les thérapies numériques, et à proposer une étude randomisée au Canada dans le domaine, de même qu’à l’international.
Fields of Study & Subjects
Mobile Health and mHealth Applications
Telemedicine and Telehealth Implementation
Heart Failure Treatment and Management
Publication details
- Publication date
- 1 January 2026
- Language
- FR
- Document type
- Thesis