Intervention et enjeux sociosanitaires : étude de cas ethnographique sur la contribution des travailleuses sociales à l’intégration des services auprès des personnes âgées hospitalisées

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Authors: Michael Bellegarde
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Abstract

Cette thèse porte sur la pratique professionnelle des travailleuses sociales exerçant dans les unités gériatriques au Québec, dans un contexte marqué par le vieillissement de la population et par les contraintes qui pèsent sur le réseau sociosanitaire. L’augmentation du nombre de personnes âgées de 65 ans et plus, conjuguée à la complexité croissante des besoins en soins, met en évidence les défis auxquels font face les établissements hospitaliers, notamment en matière de coordination des services, de trajectoires de soins et de soutien aux proches aidants. Dans ce contexte, les travailleuses sociales occupent une fonction centrale, encore peu documentée par la recherche. L’objectif de cette recherche est de documenter la contribution des travailleuses sociales exerçant dans les unités de courte durée gériatrique (UCDG), en mettant en relief la manière dont elles perçoivent leur rôle et participent aux dynamiques de la collaboration interprofessionnelle. Cette étude de cas exploratoire a été menée auprès de sept participantes issues de quatre régions sociosanitaires du Québec. La collecte de données a combiné des entretiens individuels, de l’observation participante, un groupe de discussion focalisée, un journal de bord réflexif, favorisant ainsi une triangulation des données et une compréhension approfondie de leurs récits de pratique. Le cadre théorique de cette thèse articule trois perspectives complémentaires. La théorie de l’acteur-réseau permet d’examiner les relations, les négociations et les médiations qui structurent l’intervention sociale en milieu hospitalier. La sociologie du vieillissement situe les interventions effectuées par les travailleuses sociales dans un contexte démographique et sociopolitique en pleine mutation. Enfin, l’approche biopsychosociale met en lumière l’articulation entre les dimensions biologiques, psychologiques et sociales au cœur de l’évaluation et de l’intervention en gériatrie. L’analyse thématique des données recueillies a permis de dégager des similitudes et des contrastes dans ces récits de pratique. Les travailleuses sociales apparaissent comme des actrices incontournables dans la coordination et la planification des congés, la défense des droits des usagers et la médiation avec les familles, en assurant le lien avec les partenaires externes, tels que les CLSC, les ressources d’hébergement et les organismes communautaires. Leur expertise contribue à l’intégration des services et à la fluidité des trajectoires de soins, en apportant une perspective centrée sur les besoins des personnes âgées hospitalisées et de leurs proches aidants. iv Par ailleurs, leur apport est toutefois limité par des contraintes structurelles. Les participantes ont mis en évidence la lourdeur de la charge administrative et des tâches de reddition de compte, les pressions liées à la réduction des durées de séjours intrahospitaliers, les délais dans les procédures de relocalisation ainsi que l’influence de pratiques managériales inspirées de la nouvelle gestion publique. Ces facteurs réduisent le temps disponible pour les interventions cliniques, restreignent l’autonomie professionnelle et exacerbent les tensions interprofessionnelles. La collaboration interprofessionnelle est perçue comme indispensable à la qualité des interventions sociales. Elle est vécue positivement lorsqu’elle repose sur des synergies inclusives, permettant l’échange d’expertise et la prise de décision concertée. Elle demeure toutefois fragile en raison de chevauchements de mandats, de l’instabilité des équipes d’intervention et de réorganisations structurelles. Dans cette perspective, les travailleuses sociales expriment le besoin d’un soutien organisationnel structuré, d’une clarification de leurs rôles et mandats, d’un allègement des tâches administratives et d’une reconnaissance de leur expertise psychosociale. En somme, cette recherche doctorale contribue à combler un vide dans la littérature québécoise dans le domaine de la gérontologie sociale. Elle souligne les tensions professionnelles et organisationnelles qui traversent leur pratique dans les unités gériatriques. Sur le plan scientifique, cette thèse démontre la pertinence de la mobilisation de la théorie de l’acteur-réseau pour analyser les pratiques sociales en milieu hospitalier et ouvre des pistes pour repenser l’intégration des savoirs psychosociaux dans les dynamiques interprofessionnelles. Sur le plan pratique, elle invite à reconnaître l’apport du service social dans les unités gériatriques et à renforcer les dispositifs organisationnels permettant aux travailleuses sociales d’exercer pleinement leurs rôles et leurs fonctions dans de meilleures conditions de pratique. En ce sens, cette thèse comporte à la fois un apport empirique, théorique et pratique. Elle fournit un cadre de compréhension renouvelé pour penser le rôle intégrateur des travailleuses sociales en contexte hospitalier et offre des repères pour orienter les politiques publiques, les modèles organisationnels et les pratiques en gérontologie sociale. Elle appelle à une meilleure reconnaissance de la dimension sociale dans les trajectoires de soins destinées aux personnes âgées, dans une perspective éthique, inclusive et centrée sur leurs besoins et ceux de leurs proches.

Fields of Study & Subjects

Interprofessional Education and Collaboration Geriatric Care and Nursing Homes Social Work Education and Practice

Publication details

Publication date
1 January 2026
Language
FR
Document type
Thesis