Au cœur des réserves : alimentation, santé et défis des Premières Nations au Canada
Abstract
Les Premières Nations vivant dans les réserves au Canada font face à d’importantes inégalités nutritionnelles et sanitaires, issues de la colonisation, de la dépossession territoriale et d’un accès limité aux services publics. Ces injustices ont fragilisé les systèmes alimentaires traditionnels, porteurs de résilience culturelle et de bien-être, au profit d’une dépendance imposée aux produits du marché, souvent ultra-transformés. Cette transition nutritionnelle a profondément modifié les habitudes alimentaires des Premières Nations. Pourtant, ces populations demeurent exclues des principales enquêtes nationales, limitant l’accès à des données représentatives. Cette thèse vise à combler cette lacune en documentant la qualité alimentaire, ses déterminants sociaux et culturels, ainsi que ses liens avec certains indicateurs de santé (obésité, diabète de type 2, santé auto-perçue). Les résultats reposent sur l’analyse des données de l’Étude sur l’alimentation, la nutrition et l’environnement chez les Premières Nations (FNFNES), menée entre 2008 et 2018 auprès de plus de 6 400 adultes issus de 92 communautés. La qualité alimentaire a été évaluée à l’aide de deux indices validés - l’indice de saine alimentation-2019 (HEFI-2019) et l’indice canadien de la saine alimentation (C-HEI 2007) - ainsi qu’à partir de la consommation d’aliments traditionnels, d’aliments ultra-transformés, de boissons sucrées et gazeuses. Les indicateurs de santé comprennent l’indice de masse corporelle (IMC), la présence autodéclarée de diabète de type 2 et la santé auto-perçue. Les résultats révèlent une faible adhésion aux recommandations nutritionnelles, particulièrement chez les jeunes adultes, et une consommation élevée d’aliments ultra-transformés, représentant en moyenne plus de la moitié de l’apport énergétique total. Plusieurs déterminants sociaux et culturels ont été identifiés comme étant associés à la qualité alimentaire, notamment l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, l’insécurité alimentaire, le statut socioéconomique, la consommation d’aliments traditionnels et les habitudes tabagiques. La consommation d’aliments traditionnels est systématiquement associée à une meilleure qualité alimentaire. Par ailleurs, des liens significatifs ont été observés entre une meilleure qualité alimentaire (HEFI-2019 et C-HEI 2007) et la présence de diabète de type 2, suggérant des changements post-diagnostic. Aucune association n’a été retrouvée avec l’obésité ou la santé perçue. En revanche, la consommation d’aliments ultra-transformés et de boissons gazeuses est positivement associée à l’IMC, particulièrement chez les hommes. Ces résultats mettent en lumière la complexité des relations entre alimentation et santé dans un contexte de colonialisme persistant, de marginalisation économique et de transformations rapides des systèmes alimentaires. Ils soulignent l’importance des facteurs structurels et culturels, notamment l’accès aux aliments traditionnels, le statut socioéconomique et la résilience communautaire. En conclusion, cette thèse apporte une contribution significative à la compréhension des enjeux nutritionnels des Premières Nations vivant dans des réserves au Canada. Elle plaide pour des interventions de santé publique ancrées culturellement, coconstruites avec les communautés, et soutenant la souveraineté alimentaire. Elle insiste également sur la nécessité de développer des outils de mesure adaptés aux réalités autochtones afin d’orienter efficacement les politiques et programmes visant à réduire les inégalités sociales de santé.
Fields of Study & Subjects
Indigenous Health
Education
and Rights
Indigenous Health and Education
Food Security and Health in Diverse Populations
Publication details
- Publication date
- 1 February 2026
- Language
- FR
- Document type
- Thesis