Rire à tue-tête ; suivi de D'essence queer. Antonin Artaud et Lee Edelman
Abstract
Rire à tue-tête cherche à libérer la vie sensible qu’on emprisonne dans la norme, comme elle l’est dans les organismes, les genres ou dans le temps, et à créer une forme polyphonique de narration autofictionnelle. Le roman hybride, qui s’inspire de la liberté langagière d’Antonin Artaud et de Chloé Delaume dans la subversion (déconstruction, dissémination, prolifération du Je) comme dans la prose unique, joue avec la pluralité des formes de mise en récit (roman, théâtre, poésie). Une autorité poétique formelle trouve asile dans la multiplicité de voix, de mondes et de temporalités qui s’entrechoquent, se superposent. Sarah souffre d'agoraphobie et n'arrive plus à sortir de son appartement, pourquoi ? Certaines problématiques liées à la santé mentale, aux traumatismes, abordées avec humour et autodérision, se trouvent au coeur de ce projet. Son caractère fragmentaire est marqué d'un coup de hache au milieu : un récit de l'enfermement qui confine aussi le×la lecteur.rice. De même que dans l’ensemble de la thèse, j’explore la place de la psychose et de l’enfant queer dans une tentative de résistance au monde par l’écriture. J'y privilégie surtout l'importance de la confidence (de la lettre) dans une quête de narration où la joie créative domine les éléments du récit. Pour la narratrice, les ruptures tiennent à autant de tentatives de trouver une forme, alors que la fréquence de sa pensée à l’instar d’Artaud n'est jamais la même que celle des siens, des autres, de l'Autre. Or les boucles se bouclent pour créer au final un jeu narratif inhabituel où les miroirs et les clins d'oeil sont continus dans le récit global qui tente de répondre à une seule question : pourquoi Je T’aime est parti. À la lumière du génie épistolaire d’Antonin Artaud, grâce à la parution inédite de Lettres 1937- 1943 en 2015, et de la théorie de Lee Edelman dans No Future: Queer Theory and the Death Drive (2004), cet essai propose une lecture actuelle d’Artaud visant à mettre en évidence l’essence queer de l’ensemble de son oeuvre-vie. D’emblée je pose la question d’un fil continu dans son processus créateur, car jusqu’en 2015 la période d’internement de 1937 à 1943 signait une mort littéraire (ou presque) de six ans au sein de son parcours créatif. Que nous donne à penser la découverte de ces lettres quant à la santé et l’essence queer d’Artaud ? Le premier chapitre s’intéresse à ce qu’il y a d’infaillible dans les forces motrices de l’oeuvre-vie, « s’encastrant » dans la théorie d’Edelman qui appuie son discours sur celui de Lacan. Dans cette perspective queer qui sollicite des notions psychanalytiques et des implications historiographiques et esthétiques, où « le corps dépasse la connaissance qu’on en a » comme le pensent tous les poststructuralistes, j’analyse certaines oeuvres et figures importantes d’Artaud. J’invoque systématiquement les lettres 1937- 1943 qui permettent de mieux comprendre l’aspect psychotique au sein de la pensée et de la mystique de l’écrivain, destructeur de l’ordre symbolique et patriarcal. J’explore le devenir-enfant d’Artaud, qui tend vers une figure toute puissante et queer, le Mômo, en résonance avec le concept d’Enfant d’Edelman, emblème indissociable de sa notion de pulsion de mort : ce que le queer représente dans l’ordre social, c’est-à-dire tout le refoulé qui le menace puisqu’il l’a exclu. Le deuxième chapitre fait le portrait de l’oeuvre-vie, de cet·te enfant queer, à travers les cinq postures créatives d’Artaud lui servant à transmettre sa pensée : acteur, épistolier, écrivain, dessinateur, radio-émetteur. Le dialogue continu avec la théorie d’Edelman permet de soutenir que les Lettres 1937-1943, comme l’ensemble de l’oeuvre-vie, font acte de résistance au monde du reproductible. Elles cherchent à inscrire Artaud dans le corps social et l’en désinscrivent à la fois et confirme un fil fixe et queer dans lequel son rapport à l’adresse, au destinataire aussi bien réel qu’imaginaire ou absent, est fondamental et nécessaire. Artaud, qui avait entre autres écrit une lettre à Hitler lors de son enfermement en 1939, devient un jalon de la pensée queer contemporaine. Je termine avec une lettre à Donald Trump, un fétiche de la société du capital, alors qu’Artaud en incarne le refoulé.
Fields of Study & Subjects
French Literature and Critical Theory
French Literature and Criticism
Autobiographical and Biographical Writing
Publication details
- Journal / source
- Papyrus : Institutional Repository (Université de Montréal)
- Publication date
- 1 February 2026
- Language
- FR
- Document type
- Thesis