Expériences militantes des femmes face à la force et la violence : une mise à l’épreuve de l’ordre social genré
Abstract
Lorsqu’on s’intéresse à la relation qu’entretiennent les femmes à la force et la violence, le militantisme constitue un terrain privilégié puisqu’elles peuvent y être à la fois subies, par la répression policière, et commises, par les tactiques protestataires des groupes. Bien que la variable du genre ne soit que très peu étudiée dans les recherches sur la répression policière des mouvements sociaux, et que les expériences des femmes demeurent invisibilisées, certaines soulèvent que dans la répression, les militantes seraient ciblées par du sexisme, du paternalisme et des violences sexuelles, justifiant l’importance de s’intéresser à leur expérience. La littérature sur les mouvements sociaux montre de son côté que l’usage de la violence commise par les femmes demeure une réalité peu représentée. Les répertoires d’action des mouvements de femmes ne mobiliseraient que rarement ces tactiques et, dans leur implication auprès des groupes contestataires qui en font usage, l’accès à la violence serait restreint par les relations de pouvoir qui structurent les organisations militantes. Dès lors, comment les militantes accèdent-elles à ces tactiques? Que font-elles concrètement et surtout, qu’est-ce que l’usage de la force ou de la violence produit? Cette thèse a ainsi pour objectif de comprendre le rapport qu’entretiennent les femmes à la force et à la violence au sein de deux espaces : le militantisme et la répression policière. Par une démarche qualitative, qui a mis l’accent sur l’effet du genre dans la compréhension des expériences, 24 entretiens semi-dirigés ont été menés auprès de militantes possédant une grande expérience de mobilisation et ayant vécu de nombreuses interactions conflictuelles avec la police dans leurs activités protestataires. Combinés à une analyse secondaire des données de 19 entretiens menés en 2016 et 2017 auprès de militantes, les résultats ont été analysés dans une perspective féministe sur la violence. La thèse propose d’abord que ces deux espaces relèguent les militantes à une posture genrée d’a-violence. Si les militantes sont souvent perçues comme peu menaçantes par la police en raison de leur genre, leur recours à la force demeure également limité dans l’espace militant, principalement en raison de la division genrée du travail. Or, elle constitue une source importante de pouvoir et de reconnaissance. Plus encore, les violences sexuelles vécues au sein de ces deux espaces contribuent à enfermer les militantes à une position de vulnérabilité, constamment menacée par les violences masculines et réduites à être proie. La thèse montre également que les militantes n’ont pas qu’été la cible des violences, elles y ont réagi. L’usage de la force et la violence est apparu comme un outil de lutte et une nécessité face à des violences encore plus importantes : les violences des oppressions, les violences policières ou les violences masculines. À travers ces ripostes se retrouve une deuxième proposition de la thèse : l’usage de la force et de la violence par les militantes produit une capacitation individuelle et collective, elle constitue une subjectivation. Les militantes refusent ainsi l’ordre social genré qu’on cherche à leur imposer, elles refusent d’être des proies.
Fields of Study & Subjects
Historical Gender and Feminism Studies
Gender and Feminist Studies
Gender
Security
and Conflict
Publication details
- Publication date
- 1 February 2026
- Language
- FR
- Document type
- Thesis