Mieux comprendre la violence conjugale perpétrée par les hommes en démarche d’aide : le rôle des traumatismes à l’enfance, de la personnalité et de l'empathie
Abstract
La violence conjugale constitue la forme de violence à l'encontre des femmes la plus répandue à l'échelle mondiale, y compris au Canada. Elle se définit par l'ensemble des attitudes et des comportements perpétrés visant à heurter l’intégrité d’une (ex-)partenaire, impliquant différentes formes (p. ex., physique, psychologique, sexuelle, contrôle coercitif), causant des conséquences psychologiques multiples, dévastatrices et durables chez les victimes. Afin de mieux prévenir et intervenir sur cette problématique inquiétante, il est essentiel d'approfondir la compréhension des mécanismes individuels qui augmentent ou réduisent le risque de perpétration. S'inscrivant dans cette perspective, la présente thèse vise à mieux comprendre la perpétration de la violence chez les hommes en démarche d’aide afin de proposer des avenues thérapeutiques ajustées à leur réalité. La littérature clinique et empirique a soulevé que les traumatismes interpersonnels à l'enfance vécus par les hommes favorisent la répétition de comportements violents dans leurs relations intimes. Or, cela ne concerne que certains de ces survivants de traumas, invitant les chercheurs à investiguer les mécanismes menant à la violence. À cet effet, les traits indésirables de la personnalité (narcissisme, Machiavélisme, psychopathie) et l’empathie (cognitive, affective résonante et dissonante) sont considérés comme étant des mécanismes explicatifs de la violence conjugale perpétrée. Contrairement aux études antérieures menées principalement auprès d'échantillons populationnels ou universitaires, la présente thèse examine, au moyen de devis quantitatifs transversal et longitudinal, les mécanismes explicatifs de la violence conjugale perpétrée d'hommes engagés dans un traitement – majoritairement en groupe – auprès d'organismes communautaires spécialisés en violence au Québec. L'article 1 documente auprès de 1 418 hommes, les chemins de la victimisation à l'enfance à la perpétration de violence conjugale adulte, en investiguant le rôle séquentiel des traits indésirables de la personnalité et de l’empathie. Les analyses acheminatoires ont montré que les traumas expliquent la violence psychologique et le contrôle coercitif par l’entremise d’une présentation marquée des trois traits indésirables, suivie de réponses empathiques discordantes envers autrui. Les traumas sont aussi liés à la violence physique par le biais de la psychopathie. L'article 2 documente auprès de 174 hommes au cours du traitement (début, mi-traitement, fin du traitement), les trajectoires longitudinales de changement de l'empathie et de la violence perpétrée, tout en explorant le rôle modérateur des traumas et des traits indésirables de la personnalité. Les analyses de processus parallèles basées sur des courbes de croissances latentes ont montré, en général, une stabilité de la violence perpétrée et des habiletés d'empathie cognitive et affective résonante, mais une augmentation des réponses empathiques discordantes (affective dissonante) en cours de traitement, sans que ces trajectoires ne soient liées entre elles. Les résultats indiquent que les traumas à l'enfance et les traits indésirables de la personnalité limitent l'évolution des réponses empathiques et les comportements de violence en cours de traitement. Les conclusions de cette thèse soulignent l'importance de tenir compte de la victimisation passée des auteurs et de cibler leurs réponses empathiques discordantes. Les intervenants sont également invités à reconnaitre les caractéristiques individuelles susceptibles de limiter le processus de changement chez leur clientèle.
Fields of Study & Subjects
Intimate Partner and Family Violence
Child Abuse and Trauma
Psychopathy
Forensic Psychiatry
Sexual Offending
Publication details
- Publication date
- 1 January 2026
- Language
- FR
- Document type
- Thesis