Récits des eaux et des rives: Création sonore et visuelle, issue d'un projet de recherche-création
Abstract
https://www.labandesonore.fr//projects/RecitsDeLeau/Récits des Eaux et des Rives est un projet de recherche-création qui s'appuie sur une enquête menée sur le territoire Diois dans la vallée de la Drôme. Il s'inscrit dans un contexte de crise climatique, écologique, et vient questionner le sujet sensible de nos relations à l'eau, aux eaux, et les multiples liens que tissent l’eau, le territoire et ses habitants. On s’intéresse ici à l'amont du bassin versant de la Drôme en tant qu’entité géographique dont la majorité des cours d’eau sont alimentés par des écoulements souterrains provenant des terrains karstiques du Vercors. Le caractère montagneux et hyper-rural de ce territoire, avec moins de 10 habitants au km2, en fait aussi sa spécificité en termes de distribution d'eau potable : le Diois compte 95 réseaux d’eau potable, sur près de 500 km de linéaire, avec 122 sources actives et 47 régies communales. Le bénévolat est très répandu pour entretenir au quotidien ces infrastructures. Les élus,opposés au transfert de la compétence d’eau potable des communes vers l’intercommunalité, défendent une gestion de proximité et un modèle de mutualisation permettant de conserver et valoriser certains de leur savoirs et savoirs faire.La gestion de l'eau, de la rivière, de milieux aquatiques et de leurs usages, est également organisée collectivement à l’échelle du bassin versant depuis plus de 30 ans. La commission Locale de l’Eau, crée en 1993, était la première en France. La vallée de la Drôme, aussi appelée Biovallée, est un territoire d’innovation en matière socio-écologique. Elle continue de voir émerger de nombreuses initiatives ces dernières années pour rétablir l’équilibre du cycle de l’eau, comme par exemple l’hydrologie régénérative, qui vise à retenir et ralentir la circulation de l’eau dans les sols et la végétation, ou des alliances avec les castors pour aménager les cours d’eau..Ce projet est né dans les suites de l'été 2022 et de sécheresses qui en tant qu'habitants nous ont fait prendre conscience de notre vulnérabilité, de la raréfaction de l'eau, et du risque accru de pénuries d’eau. On a aussi perçu cette année-là à quel point les questions entourant le partage de l'eau pouvaient être sensibles entre les usagers. Pour ceux qui n’avaient jamais connu que l’abondance, c’était une vraie prise de conscience qui remettait en question nos pratiques, nos modes de vie, mais aussi nos façons de voir. L’enquête menée en 2024 portait sur la pluralité des manières d’interagir avec les eaux, de les connaitre, de les utiliser, de s’y relier. Le choix des témoins était celui de personnes qui par leur histoire, leur lieu de vie, leur activité, ont une sensibilité particulière à l'eau. Il a aussi été guidé par l’exploration de deux grands questionnements thématiques :Comment les habitants se sont organisés de longue date pour trouver, aménager et partager l'eau, que ce soit pour la gestion de l'eau potable dans les petites communes, au sein des associations qui gèrent des canaux d'irrigations, ou encore à l'échelle du bassin versant de la Drôme au sein de la Commission Locale de l'Eau ; Comment les représentations et les façons de voir autour de l'eau évoluent et amènent de nouvelles pratiques, en particulier pour retenir l'eau sur les territoires, pratiques auxquelles sont associées des animaux et des végétaux.A chaque fois que c'était possible, les personnes ont été enregistrées « sur le terrain » c’est-à-dire sur leur lieu de travail, leur lieu de vie, leur lieu d’observation, là où sont situées les sources, les captages, les réservoirs, les rivières, les goures, les cascades, les zones humides, les canaux, les mares, les jardins, les terres cultivées… Nous avons fait le choix de restituer une pluralité d’histoires pour aborder ce sujet de la relation aux eaux à travers différents éclairages. Les prises de paroles, qui sont le plus souvent liées au lieu de vie des témoins, sont situées sur le territoire grâce à la carte numérique des récits des eaux et des rives. 25 « capsules sonores » courtes sont proposées sur la carte, captations de scènes de vie, prises de parole, extraits d’entretiens, 15 sont extraites de récits sonores plus longs qui peuvent s'écouter en podcast.Le projet est porté par l'association la Bande sonore située à Die, qui mène depuis 2012 des projets sur son territoire. L’enquête, menée en 2024, a été conduite en lien avec Emilie Belmont, chargée de mission sur l’eau et l’assainissement à la communauté de communes du Diois, qui a partagé son expérience du terrain et des acteurs de l’eau potable. Une collaboration s’est tissée avec la chercheuse en géographie Sabine Girard et le doctorant Samuel Pinjon à partir de l'enquête de terrain et de leur écoute des récits receuillis. Ils ont participé au travail de cartographie qui visait à représenter et donc à réinterpréter les résultats de l’enquête documentaire. Cette collaboration se poursuit aujourd’hui à travers de nouvelles enquêtes menées conjointement, l'exploitaiton de matières sonores qui n'ont pas pu l'être jusque-là et la diffusion de la carte numérique lors d'événements publics.Le développement numérique de la carte a été conçu par Nicolas Guichard, artiste développeur multimédia. Les dessins qui illustrent et mettent en perspective les récits sont de Yann Degruel, dessinateur et auteur de bande dessinées. Les paysages naturalistes et les compositions présentes sur la carte sont extraites d’enregistrements et de créations de Bernard Fort, audionaturaliste et compositieur de musique acousmatique. La coordination éditoriale, l’enquête et la réalisation sonore ont été menées par Caroline Fontana, réalisatrice de documentaires sonores.Le projet a été soutenu par Fonds de dotation Klub Terre dans sa dynamique d’accompagnement à la transition, par le Département de la Drôme qui soutient la création sonore et graphique, par la Communauté de Communes du Diois sur le volet des savoir-faire autour de la gestion de l’Eau potable, par l’INRAE pour sa participation à de « nouvelles écritures de la recherche », par le Fonds de Développement de la Vie Associative, et par le programme européen LEADER. Le Syndicat Mixte de la Rivière Drôme, l’association Codyter et l’association Valdequint en sont des partenaires privilégiés.Ce projet a aussi bénéficié de la collaboration de chercheurs dans le cadre du projet de recherche « GGEMM » (Recompositions de la gestion et de la gouvernance territoriales des eaux en montagnes méditerranéennes ), cofinancé et soutenu par l’Inrae (Lessem, Centre de Grenoble), l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse, la Zone Atelier du Bas Rhône et l’EUR H2O’Lyon (ANR-17-EURE-0018) de l’Université de Lyon (UdL) et le Labex ITTEM (Innovations et Transitions Territoriales en Montagne) ».Ce document a été réalisé avec le soutien de l’Union Européenne
Fields of Study & Subjects
Sound Studies and Aurality
Water Governance and Infrastructure
Artistic and Creative Research
Publication details
- Journal / source
- HAL (Le Centre pour la Communication Scientifique Directe)
- Publication date
- 14 January 2026
- Language
- FR
- Document type
- Preprint