Usages des terres et des mers. Quelles trajectoires pour quelle société ?

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Authors: IHEST. Promotion Anita Conti
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Abstract

L’urgence climatique et l’effondrement de la biodiversité ont un impact important sur les terres et les mers, et par voie de conséquence sur l’habitabilité de la planète. Un changement de paradigme, le déploiement d’un nouveau modèle de société, est nécessaire. Agir en harmonie avec les terres et les mers, dans les limites planétaires et dans un esprit d’équité, afin de construire les trajectoires d’une préservation et d’une régénération du vivant, est aujourd’hui une nécessité pour une habitabilité juste, responsable et soutenable. L’exploitation intensive des terres et des mers, première cause identifiée de l’effondrement de la biodiversité, et la raréfaction des ressources nous conduisent à revoir notre modèle d’exploitation de la nature pour aller vers un modèle rationnel de prélèvement des ressources, de préservation durable de la nature et des services écosystémiques qu’elle rend. Il s’agit de préserver et régénérer terres et mers pour assurer l’habitabilité de la planète en général et de la France en particulier. Ce changement de modèle doit toutefois non seulement se concentrer sur l’environnement, mais aussi sur l’humain, et en particulier les plus vulnérables. Ceux-ci sont particulièrement exposés aux bouleversements environnementaux tout en étant peu associés aux décisions prises pour y faire face. Adopter une approche systémique qui garantit la justice sociale et environnementale pour un usage équitable et raisonné des terres et des mers et associe les plus vulnérables aux décisions et à l’expérimentation est facteur d’acceptation et de réussite des politiques publiques mises en place. Le recul récent de la transition écologique dans notre société ainsi que les contre-récits et la désinformation environnementale nous appellent à développer des outils entraînant l’adhésion de la population à la transition, que ce soit en modifiant les messages ou en utilisant de nouveaux vecteurs de communication. De nouveaux récits mobilisateurs sont à centrer sur l’essentiel : le ralentissement du rythme d’exploitation et d’épuisement des ressources, la préservation de notre santé future, et la régénération de l’environnement et de notre lien à la nature. Réenchanter la transition écologique en construisant des récits désirables et mobilisateurs est une des clés du succès de la transition écologique. Au-delà de la société civile, l’appareil économique doit évoluer. 72 % des entreprises de la zone euro dépendent de manière critique de la bonne santé des écosystèmes. Le coût de l’inaction en 2050 s’élèverait à 15 % du PIB mondial, et à 11,4 % pour la France. Une transformation de l’économie qui intègrerait les enjeux environnementaux à tous les niveaux passe par l’intégration des critères environnementaux dans le processus décisionnel des acteurs économiques, l’inflexion de la production et de la consommation via des politiques publiques cohérentes ciblées, qui permettent de construire une économie circulaire forte, et l’évolution du modèle agricole et alimentaire vers un modèle compatible avec les limites planétaires, la régénération des écosystèmes écologiques et la santé de la population. Si une trajectoire nationale peut être tracée dans l’usage des terres et des mers, chaque territoire doit la traduire et l’adapter à son niveau. Or, la gouvernance territoriale reste encore complexe et peu adaptée à la configuration biologique et géographique des territoires. Renforcer la gouvernance locale du vivant, diversifier la représentation des parties prenantes dans les différentes instances, prendre systématiquement en considération les intérêts de la nature et expérimenter, instaurer une culture de la régulation démocratique autant par l’incitation que par la contrainte, et surtout par l’application effective des normes, sont autant de chemins à emprunter dans ce sens. La formation initiale à la transition écologique est aujourd’hui foisonnante et dispersée. La formation continue est encore en devenir. En parallèle, les associations sont des acteurs majeurs de la sensibilisation à l’environnement. Éduquer et acculturer les citoyens tout au long de la vie sur les usages des terres et des mers implique de diversifier et renforcer les dispositifs pédagogiques classiques ou innovants. Renforcer la prise de conscience de la population par le développement de leur culture scientifique de l’école jusqu’à l’enseignement supérieur, et au-delà, dans la vie professionnelle, tant dans la sphère publique que la sphère privée, s’avère indispensable. Une gestion rationnelle des terres et des mers implique le développement d’un large ensemble d’indicateurs issus du monde scientifique, administratif ou économique pour les décrire et évaluer les effets des activités humaines sur ces milieux. Il importe que leur construction, leur stockage et leur publication respectent les standards internationaux (principes FAIR1). Ces indicateurs doivent soutenir les choix collectifs comme individuels et permettre de mesurer, dans une approche holistique, l’ensemble des catégories d’impacts liés aux limites planétaires et aux enjeux sociaux. Ils impliquent le développement d’une expertise pour leur interprétation. Les indicateurs relatifs aux produits couvrent l’ensemble de leur cycle de vie. Enfin, la conception, la mise en oeuvre et l’évaluation des politiques publiques qui assureront la préservation du continuum terre-mer et donc l’habitabilité de notre planète, sont à étayer par les apports de connaissance et de méthodes issus de la recherche scientifique.

Fields of Study & Subjects

Land Use and Ecosystem Services Coastal and Marine Management Sustainable Development and Environmental Management

Publication details

Journal / source
Institutional Archive of Ifremer (French Research Institute for Exploitation of the Sea)
Publication date
1 January 2026
Language
FR