Ce visage, "nous n’en verrions jamais la même face" : Proust et l’étincelle motrice du visage
Abstract
Parti retrouver aux Champs-Élysées la jeune fille dont il se dit amoureux, le héros de Du côté de chez Swann se pose une question pour le moins surprenante : cette jeune fille, saura-t-il seulement la reconnaître ? Entre "les images que [sa] mémoire fatiguée ne retrouvait plus" (I, 394) et leur "cause vivante" (I, 394), il pourrait y avoir plus qu’un écart à combler. [...] À l’image de cet épisode de jeunesse, il n’est pas rare que le visage soit dans la Recherche l’objet d’un troc, d’un échange ou d’un transfert. Plus encore, il apparaît comme le principe dynamique dont ces actes cognitifs et intersubjectifs dépendent, "l’étincelle joyeuse et motrice" (IV, 474) qui les anime. D’un bout à l’autre de la Recherche, le visage offre à celui qui l’observe une leçon d’énergétique. L’enjeu de l’écriture du visage chez Proust se situe ainsi dans une forme de vigilance et "d’attention ouverte" , ancrées dans un vécu corporel et relationnel. Nous verrons qu’en tant que résultat de projections et de fantasmes, le visage se met parfois à tourner et, comme une pièce de monnaie, montrer les différentes faces qui le composent, sans pour autant parvenir à un tout unifié et cohérent. Synonyme de ce qui surprend, échappe et ne peut être stabilisé, le visage fait alors jouer, dans la façon qu’il a de toujours se présenter sous une autre figure, l’imprévisibilité et les glissements de l’écriture.
Fields of Study & Subjects
French Literature and Critical Theory
French Literature and Criticism
Modernist Literature and Criticism
Publication details
- Journal / source
- Publication Server of Goethe University Frankfurt am Main (Goethe University Frankfurt)
- Publication date
- 2 February 2026
- Language
- FR