Des panoramas aux dioramas et autres cosmoramas : donner à voir la nation au XIXe

Authors: Marie Salgues
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Abstract

Si le panorama est, à l’origine, une façon de « mettre en scène » d’immenses toiles, la découverte de nouveaux procédés optiques dès la fin du XVIIIe siècle entraine l’éclosion de nouveaux spectacles visuels dans le premier tiers du XIXe siècle qui, sous des noms divers, déclinent tous une nouvelle façon de voir. Du panorama, au cosmorama, en passant par le diorama, le poliorama, le diaphanorama, le diapanorama, le ciclorama, les différences techniques sont parfois minimes, les procédés déployés allant des plus grandioses, jusqu’aux mécanismes les plus modestes, portatifs, relevant de la baraque de foire. Bien vite, les appellations se mélangent, au gré des modes, et perdent leur sens strict, désignant souvent l’un ou l’autre spectacle sans aucune rigueur onomastique. Ces divers spectacles visuels parcourent toute la Péninsule, voyagent jusqu’aux Baléares et semblent jouir d’une grande acceptation, dont témoigne leur longévité jusqu’à la fin du siècle. La critique s’y est intéressée presque exclusivement depuis la perspective du cinéma à venir, en les considérant comme des précurseurs, tant au niveau technique que par ce nouveau regard qu’ils façonnent chez le spectateur. Or, l’apprentissage est beaucoup plus profond. Ils participent à créer la notion même de paysage – ou à la vulgariser tout au moins – et inscrivent cette notion dans l’appréhension de l’espace local et national, dans une reconnaissance des lieux espagnols comme source de fierté nationale, tout en désacralisant les représentations de scènes bibliques – parallèlement aux musées en train de se constituer. La présence d’un dépliant ou programme qui commente et explique les images permettait également d’orienter le regard, de l’éduquer au minimum. Par le choix des sujets, c’est aussi l’histoire qui est mise à portée de regard, donnant à voir grands hommes et batailles célèbres, mais dessinant également les contours de ce qui est digne de rentrer dans l’Histoire et, par là même, configurant une histoire nationale du temps présent. Si ces dispositifs visuels sont le fait d’initiatives privées multiples, s’ils font écho à d’autres processus de nationalisation parallèles (création des musées, spectacles théâtraux, divulgation de travaux historiques destinés à un public de plus en plus large, etc.), leur prix bien souvent très bon marché (à l’exception des grands panoramas) leur assure une efficacité et une diffusion sans doute sans comparaison possible.

Fields of Study & Subjects

Historical Art and Culture Studies Cultural History and Identity Formation Visual Culture and Art Theory

Publication details

Journal / source
HAL
Pages
123–140
Publication date
1 January 2026
Language
FR
Document type
Book chapter