Feedback — Matière, conscience, rétroaction : un Univers qui réfléchit sur lui-même

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Authors: Jean-Pierre Richard
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Abstract

Si l’on se place entre deux miroirs face à face, on obtient une impressionnante mise en abîme. Voilà une analogie du phénomène de « boucle de rétroaction » (‘feedback’ en anglais) qui constitue un fondement du vivant, en tant que cette boucle est source de dynamique. Sur le même principe, nous avons aussi l’autoréférence dans le langage (une phrase qui fait référence à elle-même) ; l’autopoïèse en biologie (se produire soi-même) ; la réflexivité en sciences sociales (le chercheur s’intègre dans son sujet d'étude) ; l’effet Larsen en acousto-électronique (un exemple un peu désagréable…) ; l’Ouroboros dans la symbolique, serpent dont l’étymologie (οὐρά « la queue » - βορός « glouton ») lui fait manger sa queue… et rejoint exactement le ‘feed - back’. Étudier de telles boucles peut assez vite nous confronter au paradoxal et à l’étrange. C’est le cas du célèbre paradoxe d’Épiménide : « cette phrase est fausse »… ou bien de la gravure des ‘drawing hands’ de Escher, où deux mains se dessinent l’une l’autre. Dans le titre de cet ouvrage, le verbe réfléchir renvoie à la métaphore des deux miroirs : depuis quelque 2,8 millions d'années, le genre Homo s’emploie à construire des représentations mentales d’un environnement dont il fait partie. Autrement dit, à se représenter. À se réfléchir. Le protozoaire, comme toute cellule vivante, s’est lui aussi trouvé en capacité de mouvement et de perception : de quoi alimenter un ancestral feedback car percevoir pour se mouvoir, n’est-ce-pas déjà la primitive de « se » percevoir ? L’onde-corpuscule s’organisant en acide aminé s’organisant en cellule s’organisant en organisme s’organisant en pensée… qui regarde l’organisme, la cellule, l’acide aminé et l’onde-corpuscule : je vous présente… le grand yoyo du lien esprit-matière. Ce lien étrange entre matière et conscience a été interrogé de longue date, et qualifié de ‘hard problem’ lorsque la conscience se tourne vers son sujet même... Tentant de nous représenter la matière dont nous sommes constitués, nous sommes « l’Univers qui réfléchit sur lui-même ». Comme le protozoaire, mais plus que le protozoaire, car nous disposons d’outils plus sophistiqués : Homo sapiens est devenu le spécialiste de la recherche de sens. Parmi ces façons de nous représenter nous-même, cet essai retient une douzaine d’aspects qui, tous, reposent sur la notion de bouclage dynamique (le fameux feedback). Ils correspondent chacun à un chapitre, et sont agencés en trois grandes parties, intitulées : JE – IL – NOUS.« JE » concerne la conscience, le « soi », l’identité dans ses multiples aspects : identité biologique, psychique, sociale...« IL » concerne nos méthodes de pensée, nos façons plus ou moins pertinentes de prendre de la distance pour questionner l’autre : ce réel « il », pronom impersonnel, qu’il me faut distinguer du sujet « je »…« NOUS », c’est le monde dont nous faisons partie, et que nous avons quelquefois la prétention de façonner… Voici donc une lecture qui va du philosophique au scientifique, et du scientifique au philosophique… Pour ne pas rebuter le lecteur, les détails techniques relevant de la biologie et des neurosciences apparaissent en notes de bas de page. Un traitement plus sévère a été infligé à la physique et aux mathématiques, pour lesquelles l’ensemble des notes a été transféré dans une « Annexe : petit quantique pour les relativement nuls », formant un glossaire plus compact et, espérons-le, lisible.

Fields of Study & Subjects

Philosophy and Theoretical Science Complex Systems and Dynamics Cybernetics and Technology in Society

Publication details

Journal / source
HAL
Pages
292
Publication date
1 February 2026
Language
FR
Document type
Preprint