La géographie des relations cachées : distances et proximités en analyse quantitative
Abstract
Cette thèse explore la manière dont les distances – qu’elles soient géographiques, politiques, économiques, linguistiques ou toponymiques – structurent le territoire. En s’inscrivant dans la tradition de la géographie quantitative, elle mobilise des outils statistiques et mathématiques (multidimensional scaling (MDS), noyaux, transport optimal, autocorrélation spatiale, ajustement itératif) pour analyser les relations entre objets géographiques à partir de données existantes. Le premier article propose une méthode d’inférence de flux dans un réseau de transport multi-lignes, fondée sur le principe d’entropie maximale. Il montre qu’il est possible de reconstruire des trajectoires probables à partir de comptages partiels. Les deuxième et troisième contributions s’intéressent à la politique suisse : la première mesure l’autocorrélation spatiale des opinions politiques à partir de 50 ans de votations fédérales en transformant différentes matrices de distances en noyaux (kernels), tandis que la seconde relie inégalités économiques et comportements électoraux grâce au transport optimal. La quatrième étude examine la géographie de l’opposition au projet d’extension des autoroutes suisses de 2024, révélant les clivages territoriaux et linguistiques sous-jacents. Enfin, la cinquième contribution ouvre une perspective interdisciplinaire en analysant les suffixes des noms de communes suisses pour cartographier la structure linguistique et historique du territoire. En plus de ces contributions, des travaux complémentaires reprennent les thèmes des votations suisses selon l’Office fédéral de la statistique. Cette approche vise à analyser la structure politique des communes suisses selon différentes thématiques – telles que les politiques sociales, l’éducation ou la recherche – et à en cartographier l’agencement ainsi que les forces d’attraction et de répulsion à travers une représentation MDS. Au-delà de leurs thématiques propres, ces travaux partagent une ambition commune : révéler des structures cachées en exploitant des données déjà existantes. Ils démontrent que la géographie quantitative, loin de se réduire à une approche technique, peut éclairer la compréhension des relations entre lieux, qu’elles relèvent de la mobilité, du vote, de la richesse ou du langage. Par ses cartes, ses indices et ses modèles, cette thèse propose une lecture relationnelle et multiscalaire du territoire suisse et induit une réflexion sur les manières de visualiser et de représenter l’invisible dans l’espace.
Fields of Study & Subjects
Spatial and Panel Data Analysis
Historical Geography and Geographical Thought
Human Mobility and Location-Based Analysis
Publication details
- Journal / source
- IRIS
- Publication date
- 23 January 2026
- Language
- FR
- Document type
- Thesis